Fractions 2

Montréal, l'Hexagone, 1999.

Dans Fractions 2, on trouve la pensée québécoise et universelle de Jean Marcel, sollicitée à l'infini par nombre de sujets : la littérature, la politique, la langue, la philosophie, l'Orient. Sans cesse en mouvement, sa réflexion porte aussi sur l'amour, le temps, le Moyen Âge, la mort et la musique. D'une grande richesse, Fractions 2 est une œuvre incomparable d'un de nos meilleurs essayistes.

Extraits :

 

« La fascination des jeunes (et des moins jeunes) pour l'informatique et particulièrement pour les jeux vidéo me semblait tout à fait incompréhensible jusqu'à l'instant où je compris que tout ce système opérait de la même façon que la pensée magique, celle-ci étant caractérisée par l'absence de tout argument de causalité. Or, devant l'écran, le pitonneur n'a aucune idée de la complexité du réseau de causalités qui fait qu,en appuyant sur un simple bouton l'écran produit l'inattendu. C'est exactement la voie par laquelle passe la magie pour exercer son pouvoir de fascination. Et dire que l'on se croit à des années-lumière de la pensée dite primitive que nous ont révélée les ethnologues et anthropologues de notre temps ! En réalité, nous y sommes encore. Voilà ce que me suggérait la vue de mes neveux, rivés aux magies de l'écran Nintendo comme de nouveaux initiés aux danses de leur sorcier. La pensée informatique est au fond très proche de la pensée sauvage dont on ne s'est pas avisé de reconnaître les ressemblances dans les comportements des participants. »

 

« La plus belle réussite d'escroquerie des temps modernes est sans conteste la triple alliance contemporaine de l'impôt, de l'assurance et de la banque. Ces trois institutions, en guise d'esclaves, font travailler les biens que vous leur confiez, et l'une des trois au moins (l'État) ne vous en rend pas même les miettes ; les deux autres ne vous rendent presque rien par rapport au travail que l'on y a fait faire à vos avoirs. L'esclavage est passé des personnes aux biens de celles-ci. C'est un grand progrès, assurément. L'illusion qui en reste est de croire que la mainmise, en quoi consiste tout esclavage, a disparu. Essayez, si vous le pouvez, de leur échapper. »